Miroir Parlant

Miroir Parlant

Vernissage le samedi
14 octobre 2017
à partir de 18h00
Exposition du 14 octobre
au 21 novembre 2017
Centre céramique
contemporaine La Borne
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Depuis très longtemps le fantasme de “La Borne” m’a fait rêver. Ce mirage d’un endroit mythique où potiers et artistes se retrouvent à l’ombre des grands chênes et des cheminées crachant la fumée noire des cuissons au bois. Ce lieu où la terre est lourde et sombre, où chacun travaille dur sous un ciel rempli d’eau. Je me suis beaucoup projeté dans cet endroit empli de calme, de solitude et de concentration, habité par ces artistes, maîtres de leur métier et de leur art.

Johan Creten, 2016
 

Explorer les possibilités des cuissons au bois, le mystère des cendres et la force rustique de la région, mais aussi rompre avec le rythme fou et effréné des capitales de l’art, ont été les motivations de Johan Creten à répondre spontanément au programme des Résidences La Borne dès leur ouverture.

Identifié depuis la fin des années 1980 comme l’un des principaux artistes décidés d’investir pleinement le médium céramique dans le champ de la sculpture, Johan Creten s’impose aux côtés de Thomas Schütte ou de Lucio Fontana par la puissance d’évocation de son art.

Curieux de faire connaissance avec les savoirs et techniques de nombreux lieux de production, Johan Creten a fait mûrir son écriture plastique au travers des voyages et résidences qu’il n’a cessé d’entreprendre pendant toute sa carrière. Cette méthode de travail explique aujourd’hui qu’il n’ait pas établi son atelier dans un lieu défini, mais qu’il élabore ses pièces dans plusieurs centres de production de La Haye à New York et de Miami à Mexico.

C’est dans le même état d’esprit que l’artiste, curieux de faire évoluer continuellement son langage, s’est prêté au jeu proposé par les Résidences La Borne. C’est en fréquentant régulièrement les rendez-vous du centre céramique que l’artiste a rencontré les céramistes de la région et partagé avec eux et le public autour de son travail. Plus particulièrement, il a commencé un travail avec deux céramistes : Hervé Rousseau pour la force tranquille de ses formes, la brutalité de ses gestes et la beauté de ses cuissons et Lucien Petit, dont il admire le questionnement permanent et la richesse des surfaces de ses objets.

Après plusieurs repérages, Johan Creten a commencé à travailler sur place dans les conditions d’un petit atelier. Intéressé par le rôle assigné traditionnellement au socle, Johan Creten a imaginé des ensembles d’œuvres qui contrarient ce positionnement classique. À la Borne, il a conçu des supports multi-faces dédiés à l’accueil de nouvelles sculptures anthropomorphes de ses emblématiques séries.

Il présente ainsi de nouveaux objets tirés des Vagues, des métaphores pour les changements “d’état”. Chaque pièce semble s’enrouler sur elle-même dans un mouvement perpétuel. Ainsi saisies dans cet état de métamorphose, elles déjouent tout sens de lecture en multipliant les différents angles de vues. De même pour les nouvelles Odore di Femmina, dont les pétales de fleurs poudrés par la cendre s’agrègent sur une coque évoquant les mystères de la féminité.

Sur les volumes d’accueil, sortes de tronçons géométriques biseautés, présentés en coupe ou sous forme de pupitres déséquilibrés, les objets peuvent être positionnés dans un sens ou dans l’autre. L’idée étant de révéler une infinité de combinaisons possibles. De fait, le socle ne se présente pas comme un support, mais devient un élément de l’œuvre à part entière. Comme Brancusi a pu l’envisager et le théoriser avant lui, il est ainsi nommé et considéré comme une œuvre. D’une sculpture à l’autre, Johan Creten investit le geste sculptural où socle et forme érigés exhibent une matière organique dynamique, à la fois produit et potentiel d’énergie.

En réponse à ce dialogue fructueux des formes, les céramistes ont expérimenté différentes natures de feux sur les pièces en travaillant le positionnement des objets dans le four, et des effets d’émaux de cendres. L’expérience a révélé des réponses d’une grande richesse qu’il serait intéressant de poursuivre et d’enrichir par de nouvelles explorations de cuisson, afin d’affiner la variété des nuances de feux.

Pour l’exposition Miroir Parlant, Johan Creten crée les conditions d’un dialogue entre ses productions et des pièces rares et importantes, six céramiques histo­riques japonaises de sa collection, produites dans quelques grands fours traditionnels comme celui de Tokoname et de Shigaraki.

Dans ce cadre, il a invité la spécialiste Christine Shimizu auteur de publications multiples sur le sujet, à venir parler de cet art Japonais.

Sophie Auger-Grappin